Allocution de Stéphane Richard au CSEC

Stéphane Richard dresse un bilan de ses mandats et répond aux questions des élus.

Intervention de la CFE-CGC Orange

Faire un bilan exhaustif de votre action en tant que PDG d’Orange serait trop long… et nos élus n’ont pas manqué de vous faire connaître régulièrement nos positions et interrogations sur la stratégie mise en œuvre chez Orange. Nous nous en tiendrons à quelques constats, et à quelques questions.

Nous l’avons déjà dit : les actions que vous avez menées avec Bruno Mettling ont permis le retour de la paix sociale chez Orange, bienvenue après une crise sans précédent. Malheureusement, l’embellie fut de courte durée : le virage financier impulsé par Ramon Fernandez a stérilisé tout projet porteur de croissance et d’enthousiasme pour les personnels, et n’a en rien facilité la politique de transformation de l’entreprise que vous auriez peut-être voulu mener. Il ne s’agit plus aujourd’hui que d’empiler les économies, notamment de personnel, ce qui rend l’engagement de tous ceux qui œuvrent au quotidien pour Orange et ses clients particulièrement difficile.

Nos questions :

  1. Étonnamment, au moment où votre départ est annoncé, la presse bruisse de mille projets stratégiques jamais évoqués auparavant, comme l’étude d’un rapprochement avec Vodafone, qui semble-t-il a fait long feu. Qu’en est-il exactement ? Et le fait que cette information ait fuité dans la presse est-elle de nature à obérer un éventuel rapprochement entre Totem et Vantage, qui pourrait avoir du sens face à la politique expansionniste de Cellnex, notamment dans l’optique de maîtriser une possible inflation des prix de location des infrastructures passives. En effet, une TowerCo détenue par des Telcos limiterait forcément ses appétits en la matière, le chiffre d’affaires perçu d’un côté étant contrebalancé par les dépenses réalisées de l’autre.
  2. L’innovation, qu’il s’agisse du budget consacré à la R&D ou du lancement de nouveaux services, semble en panne chez Orange, si l’on excepte Orange Bank. Pour le reste, nous sommes devenus une « commodité », soumise à la double pression d’investissements massifs dans les réseaux et d’une concurrence qui dégrade nos marges, pendant que les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) et les NATU (Netflix, Air BnB, Tesla, Uber) tirent toute la valeur de l’économie numérique, et que l’État français prétend favoriser l’essor d’une « start-up nation ». Au terme de votre mandat, diriez-vous que l’État, toujours notre actionnaire de référence, est pour Orange un support ou un frein à l’innovation ?
  3. De façon plus générale, quels seraient pour vous les scénarios souhaitables concernant une évolution capitalistique d’Orange ? Avec quel type d’actionnaire de référence ? Un industriel français ? européen ? un autre opérateur de télécommunications ? Un « Airbus » des télécoms européens est-il envisageable et souhaité pour rivaliser avec les acteurs mondiaux du numérique (GAFAM, BATX, NATU et ceux à venir) ?
  4. Depuis le tournant de la financiarisation d’Orange, la sous-traitance de nos activités ne cesse de croître. Orange est aujourd’hui pointée du doigt sur la qualité des raccordements fibre (dans le collimateur de l’Arcep), sur la maintenance du réseau cuivre (à laquelle nous avons été sommés de consacrer davantage de ressources), mais aussi désormais sur la destruction d’emplois, voire de nos sous-traitants, qui a ému jusqu’aux élus de la République dans le cadre de la réattribution des contrats fibre et cuivre qui sera effective en 2022. Cette sous-traitance à outrance est-elle finalement un pari gagnant ? Les coûts complets, en termes d’efficience mais aussi d’image, ont-ils vraiment été mesurés ? Une telle politique est-elle cohérente avec les engagements RSE du plan Engage2025 ? Et comment redresser la barre ?

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