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Quel bilan à bientôt six mois de l’arrivée de Free sur le marché du mobile ? L’opportunité d’un quatrième opérateur en France fait débat depuis des années.

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Sur un point au moins, tout le monde est d’accord : avec ses forfaits « low cost » (2 euros et 19,99 euros), Free Mobile a recruté 2,6 millions de clients en deux mois et demi, et déclenché un séisme industriel – le mot n’est pas trop fort selon ses concurrents – dont les effets commencent juste de se faire sentir.

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Pour l’instant, aucun plan social n’a été annoncé formellement. Chez SFR, les syndicats assurent que la direction leur a dit, début mai, qu’elle réfléchissait à un plan social. Bouygues Télécom a lancé un plan d’économies de 300 millions d’euros, et a reconnu procéder à une révision de ses contrats avec ses sous-traitants. Chez Orange, il est peu probable qu’il y ait des licenciements : les deux tiers des effectifs français sont fonctionnaires et la crise des suicides n’est pas si loin. La moyenne d’âge (environ 48 ans) permet à la direction de compter sur les départs à la retraite.

Il y a quelques semaines, l’Arcep a lancé le chiffre de 10 000 suppressions d’emplois possibles dans la filière télécom. Jusqu’à présent, c’était la seule donnée qui circulait. Bruno Deffains, professeur à l’université Paris-2 (Panthéon-Assas), vient de rédiger une étude, qui aboutit à une évaluation bien plus alarmante. Partant d’un effectif total de 342 000 emplois liés au mobile en France, son scénario de « référence » correspond à une destruction nette de 61 600 emplois sur deux ans : 10 600 chez les opérateurs, 35 200 chez les partenaires (distributeurs, sociétés de service), et 15 800 pertes d’emplois induites (sous-traitance, etc.)… Un autre scénario, « plus vraisemblable », selon Bruno Deffains, parie sur la préservation de 10 100 emplois, grâce à la reprise des investissements dans les réseaux. Il conclut quand même au final à 51 500 postes en moins…

Ces chiffres sont contestés par des économistes qui dénoncent la non-prise en compte des créations d’emplois directs (900) et indirects de Free Mobile. Il aurait aussi fallu évaluer les gains de pouvoir d’achat injectés dans l’économie, selon eux. Sans compter, ajoutent-ils, que les opérateurs pourraient très bien supporter une baisse de chiffre d’affaires raisonnable, tant ils étaient rentables jusqu’à présent.

Gageons que, même contestés, ces chiffres risquent d’être récupérés. Pas seulement par les concurrents de Free : les syndicats dénoncent aussi la préférence qui a été donnée au consommateur aux dépens des salariés. Plusieurs d’entre eux veulent organiser des assises des télécoms, début juillet. L’initiative est partie du syndicat UNSA de Technicolor et a trouvé un écho chez les représentants de la CFE-CGC d’Orange. Il s’agit de sensibiliser le nouveau gouvernement aux bouleversements du secteur.

Extrait de Le Monde – Cécile Ducourtieux – 28.05.2012


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