La privatisation des télécoms en Europe à partir de 1998 a été une décision lourde de conséquences pour les opérateurs historiques, et en particulier pour leurs personnels. Une étude anglaise récemment parue* compare les politiques mises en place chez les opérateurs européens pour restructurer les emplois et les métiers, et faire face à cette transformation. Elle a l’avantage de porter sur une large période, 1995-2010, qui permet de bien faire le tour de la question.

Les opérateurs ont pratiqué les mêmes politiques concernant l’emploi, politiques que nous connaissons bien. Ils ont réduit massivement les personnels avec des licenciements imposés ou des plans de départs volontaires, consolider des entités pour faire des économies d’échelle, transférer des équipes vers les filiales. Ils ont augmenté la flexibilité des équipes, notamment en utilisant la sous-traitance et l’intérim.  Ils ont revu l’organisation du travail pour augmenter la productivité, soit en intensifiant les contrôles et en établissant récompenses ou sanctions, soit en améliorant les compétences des équipes.

Néanmoins des différences existent entre les opérateurs et l’étude montre que les politiques appliquées sont d’autant plus favorables aux personnels que :

– l’actionnariat limite la présence des investisseurs étrangers, et donc la pression pour la réduction des coûts à court terme

– les syndicats disposent d’un fort droit de participation dans les prises de décision de la Direction

– les protections de l’emploi limitent le pouvoir des directions dans la réduction et le transfert des équipes ; protections qui viennent soit de la loi, soit des accords négociés ou des conventions collectives.

Même si l’on pouvait s’en douter, cette étude vient ainsi faire un contrepoint heureux au bilan purement technologique et concurrentiel que l’ARCEP a fait de la privatisation des télécoms en France, l’année dernière. Il vient également contredire les publications récentes qui ont pour objectif de critiquer les syndicats, parfois de manière très démagogique. Ainsi la couverture de l’Express du 25 septembre affichait «Pourquoi les syndicats sont nuls ».
L’étude confirme que les syndicats constituent bien un contre-pouvoir qui défend l’emploi, les conditions de travail et le pouvoir d’achat des salariés.

Lire le résumé en français TelcoReport ExecSummaryFrench copie.pdf(mais la traduction n’est pas excellente)

Lire l’étude RestructuringHRMTelcos Report2013.pdf (70 pages)

* Alternative routes to good jobs in the service economy : Employment restructuring and human resource management in incumbent telecommunications firms, V. Doellgast, K. Sarmiento-Mirwaldt, C. Benassi. July 2013.


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