« Alors même que les suppressions de poste se multiplient et que l’investissement est en berne, plusieurs grands groupes hexagonaux continuent de redistribuer une proportion considérable de leurs profits aux actionnaires, y compris lorsque ces profits sont faibles voire inexistants. …L’Etat est un actionnaire aussi gourmand que les autres ».

Voilà l’essentiel d’un article publié début décembre par le magazine en ligne Basta ! Un sujet cher à la CFE-CGC d’Orange, et nous ne cessons de dénoncer le montant disproportionné des dividendes versés aux actionnaires de notre entreprise, autant auprès de la Direction que des pouvoirs publics : voir notre dernière lettre adressée à A. Montebourg le 25 octobre dernier et sa réponse. Pour lui, cela n’est pas un problème.

« En moyenne, les 47 entreprises étudiées (elles figurent parmi les plus grosses sociétés cotées en France) ont versé en 2012 l’équivalent de 60% de leurs bénéfices aux détenteurs de leur capital ». Les premières places reviennent à Total et Saint Gobain. Chez Total, le montant des dividendes est le plus élevé (5,3 milliards d’euros) et équivaut à presque la moitié de ses bénéfices. Saint Gobain ne reverse «que» 700 millions d’euros à ses actionnaires, mais qui représentent 91% de ses bénéfices.

Mieux encore :

« Huit grandes entreprises ont choisi de verser à leurs actionnaires des dividendes supérieurs à leurs bénéfices et plusieurs groupes sont d’une générosité à toute épreuve à l’égard de leurs investisseurs : même en perdant de l’argent, ils leur distribuent des dividendes ». Il s’agit de ArcelorMittal, ST Micro, Accor et Areva. Rappelons qu’Orange, depuis plusieurs années, fait partie de ces entreprises qui versent des dividendes supérieurs à leurs bénéfices.

Les licenciements « boursiers » : quelques exemples

ArcelorMittal

En 2012, le groupe perd 2,8 milliards, mais la famille Mittal – qui détient 40% du capital – est préservée de ces « aléas » ; elle a reçu 360 millions d’euros de dividendes. Cependant, en 2012 le groupe a fermé l’aciérie de Florange en Moselle et en 2013, supprimé 1600 emplois en Belgique.

Accor

Le groupe perd 600 millions d’euros en 2012, mais verse 269 millions de dividendes. En 2013, il lance un plan d’économie en Europe de 100 millions d’euros et supprime 172 postes en France.

Sanofi

En 2012, le groupe distribue 70% de ses bénéficies (3,5 milliards) à ses actionnaires, mais prévoit de supprimer entre 900 et 1500 postes d’ici 2015.

Mais que fait l’Etat ?

Dans les entreprises où il est présent, l’Etat est aussi gourmand que les autres actionnaires. Aucune intervention, aucune régulation sociale de sa part. Exemple : AREVA. Alors que l’entreprise perd 99 millions d’euros en 2012, l’Etat – qui détient 85% de son capital – empoche en silence la plus grande part des 112 millions d’euros de dividendes.

Permettons nous à l’occasion de cet article, un rappel à propos d’Orange où l’Etat, qui détient 27% du capital, a reçu 3,6 milliards d’euros en 2012. Alors que parallèlement, l’entreprise a mis en place un plan d’économie sévère (Chrysalid) qui vise à économiser 2,5 milliards d’ici 2015 et les économies déjà réalisées en 2013 sont supérieures à l’objectif de l’année. Elle a également programmé 30 000 départs d’ici 2015, et n’embauche essentiellement que des apprentis dont elle ne garde définitivement qu’une infime partie.

L’entreprise n’est pas une corne d’abondance : utiliser excessivement ses bénéfices pour rémunérer les actionnaires, c’est nécessairement pénaliser les budgets affectés à la recherche, de même que l’investissements nécessaire à la pérennité de l’entreprise, l’amélioration des conditions de travail et les rémunérations des personnels. Nous ne cessons de dénoncer ces aberrations depuis plusieurs années déjà.


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