Fortes chaleurs : Un risque professionnel à traiter par l’organisation du travail, pas seulement par des mesures et la mise à disposition d’équipements.

Les épisodes de fortes chaleurs sont désormais plus fréquents, plus précoces et plus intenses. Ils ne relèvent plus de situations exceptionnelles ou ponctuelles : Ils deviennent un sujet durable de santé, de sécurité et de conditions de travail.

C’est dans ce contexte qu’une CPRPPST supplémentaire, demandée par les membres de la commission, s’est tenue le 11 juin 2026. Elle était entièrement consacrée à la prévention des risques professionnels liés aux fortes chaleurs chez Orange. La CFE-CGC Orange salue la tenue de cette séance thématique, qui permet enfin de traiter ce sujet comme un risque professionnel à part entière.

1. Ce que la direction a présenté

La Direction a présenté un dispositif reposant sur plusieurs documents : Un cadre national applicable à Orange en France, une consigne opérationnelle pour la Direction Technique Orange France, un catalogue d’équipements et un retour d’expérience sur des tests de tee-shirts thermiques.

Le cadre présenté par Orange s’inscrit dans les nouvelles obligations réglementaires entrées en vigueur en 2025. Il prévoit que le risque lié à la chaleur doit être intégré dans les Documents Uniques d’Evaluation des Risques Professionnels (DUERP), mais aussi dans les plans de prévention concernant les entreprises sous-traitantes.

Le dispositif repose sur les niveaux de vigilance canicule de Météo-France. Dès le niveau jaune, il prévoit l’information des salariés, la vérification des locaux et des équipements de rafraîchissement, la mise à disposition d’eau potable et la possibilité d’adapter les mesures de prévention pour les salariés vulnérables, sur recommandation du Service de Prévention et de Santé au Travail (SPST).

À partir du niveau orange, une cellule de crise territoriale (à la maille DO avec autorité sur tous les salariés au niveau géographique, toutes entités confondues) doit permettre de suivre l’évolution de la situation et d’adapter les postes, les horaires et l’organisation du travail. En vigilance rouge, une réévaluation quotidienne du risque doit être réalisée, avec la possibilité de suspendre certaines activités si les conditions de sécurité ne sont plus réunies.

La consigne DTOF apporte des éléments plus opérationnels. Elle identifie les principaux risques : Déshydratation, épuisement, coup de chaleur, aggravation de pathologies, exposition au rayonnement solaire. Elle prévoit notamment, pour les interventions sans accès à l’eau courante, un minimum de trois litres d’eau fraîche par salarié et par jour. Elle mentionne aussi l’aménagement volontaire des horaires, les pauses régulières dans des lieux frais ou ombragés, l’évitement des activités extérieures entre 11 heures et 16 heures lorsque cela est possible, ainsi que le report des interventions non urgentes les plus exposées.

Enfin, un catalogue recense des équipements : Tee-shirts adaptés, pantalons transformables, protège-nuques, tentes ou ombrelles de chantier, gourdes et protections isothermes. Un retour sur des tests de tee-shirts techniques a également été transmis. Pour la CFE-CGC Orange, ce document peut contribuer à améliorer le confort des salariés, mais il reste secondaire : La réponse au risque chaleur ne peut pas reposer principalement sur les équipements.

2. Une meilleure prise en compte du risque, mais un dispositif encore trop dépendant du terrain

La CFE-CGC Orange reconnaît plusieurs avancées. Le risque chaleur est désormais identifié comme un risque professionnel. Il est intégré aux DUERP et aux plans de prévention. Les salariés vulnérables sont mentionnés. Les mesures sont graduées selon les niveaux de vigilance. La possibilité de reporter, voire d’arrêter certaines interventions, est posée comme un principe important.

Mais ces avancées restent à consolider.

De nombreuses mesures demeurent conditionnées à l’appréciation des managers, aux nécessités de service ou à des formulations telles que « lorsque cela est possible ». Cette souplesse peut être nécessaire dans certaines situations, mais elle comporte aussi un risque : celui d’une application variable selon les territoires, les directions ou les managers.

La CFE-CGC Orange a donc demandé quels critères objectifs permettront de déclencher concrètement les adaptations du travail : température, humidité, durée d’exposition, charge physique, port d’EPI, exposition solaire, travail en local technique ou en extérieur. La Direction a indiqué qu’il était difficile de fixer des seuils absolus, car la situation dépend de la température ressentie, de l’humidité, du vent, de l’activité et de l’état individuel du salarié.

Nous entendons cette complexité. Mais l’absence de seuils ou de repères communs ne doit pas conduire à faire porter la décision uniquement sur le salarié ou son manager. Le sujet demande une doctrine claire, homogène et opposable.

3. L’accès à l’eau : Un point encore insuffisamment sécurisé !

La gestion de l’eau reste un point d’insatisfaction majeur.

La Direction indique que des gourdes, étuis isothermes et glacières non électriques peuvent être fournis, et que l’achat de bouteilles d’eau peut être remboursé sur justificatif. Mais ces dispositifs restent largement dépendants de décisions managériales.

Or, pour les salariés en intervention, notamment les techniciens, la question est très concrète : comment garantir, dans la durée, une quantité d’eau suffisante pour une journée complète de travail ? Les contenants proposés apparaissent parfois insuffisants au regard des besoins réels, en particulier lorsqu’il faut prévoir plusieurs litres par personne et par jour.

La question se pose aussi dans les DROM, où la qualité de l’eau du robinet peut ne pas être équivalente à celle de la métropole. La réponse de la Direction, centrée sur l’absence de vigilance « canicule » et sur l’existence d’alertes climatiques adaptées aux climats tropicaux, n’a pas permis de clarifier l’existence d’une procédure spécifique au risque chaleur dans ces territoires.

4. Locaux surchauffés, salariés vulnérables, sous-traitants : Des points à préciser

La CFE-CGC Orange a également interrogé la Direction sur les locaux tertiaires et techniques particulièrement exposés. Certains bâtiments ont été identifiés localement, mais aucune cartographie nationale ni règle précise sur les délais de traitement des signalements n’a été présentée.

Concernant les salariés vulnérables, le dispositif repose sur leur démarche auprès du Service de Prévention et de Santé au Travail. Des créneaux de visite à la demande existent, les aménagements sont ensuite mis en œuvre par les managers et les équipes RH sur préconisation médicale. Mais cette organisation suppose que le salarié anticipe lui-même sa situation et fasse la démarche. La prévention ne doit pas dépendre uniquement de la capacité individuelle à se signaler.

La question des sous-traitants reste également importante. Le risque chaleur doit être pris en compte dans les plans de prévention, mais la CFE-CGC Orange sera attentive à la réalité de cette prise en compte sur le terrain.

Nos préconisations

Pour la CFE-CGC Orange, les équipements sont utiles, mais ils ne constituent pas le cœur de la prévention. La priorité doit rester l’organisation du travail.

Nous demandons donc :

  • Des critères communs permettant de déclencher les mesures d’adaptation ;

  • Une application homogène sur l’ensemble des territoires ;

  • Une dotation anticipée et suffisante en eau, contenants adaptés et équipements utiles ;

  • Une procédure spécifique et clarifiée pour les DROM ;

  • Une meilleure identification des locaux exposés à la chaleur ;

  • Une protection effective des salariés vulnérables, sans délai excessif ni exposition de données médicales ;

  • Un suivi régulier en CPRPPST avec des indicateurs concrets.

Ces indicateurs doivent porter sur les équipements distribués, les signalements de locaux surchauffés, les adaptations d’horaires, les interventions reportées ou arrêtées, les malaises ou accidents liés à la chaleur, les droits de retrait et les difficultés rencontrées sur le terrain.

La Direction a indiqué qu’il n’y aurait pas de bilan général annuel spécifique, mais que la CPRPPST referait régulièrement le point sur cette problématique. Pour la CFE-CGC Orange, ce suivi devra être structuré et documenté.

La prévention des fortes chaleurs ne peut pas reposer principalement sur la vigilance individuelle des salariés. Elle relève d’abord de la responsabilité de l’employeur.

Anticiper, adapter l’organisation, protéger les salariés, donner des moyens concrets aux équipes et vérifier l’application réelle des mesures : voilà les conditions d’une prévention efficace.

La CFE-CGC Orange continuera à porter ce sujet, car les fortes chaleurs sont désormais un risque professionnel durable. Elles doivent être traitées avec le même sérieux que les autres risques de santé et de sécurité au travail.

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