Lundi 6 septembre, les sites boursiers annonçaient une conséquente montée au capital de France Télécom de la part de la Deutsche Bank, qui a franchi le 25 août le seuil de 5% du capital, avec 134,3 millions d’actions, soit 5,07% du capital et des droits de vote de l’opérateur. L’opération faisait de Deutsche Bank le second actionnaire de l’opérateur télécom, et pouvait laisser supposer la préparation d’autres opérations, telles que la mise en place d’accords de participation entre France Télécom et Deutsche Telekom, dont la Deutsche Bank est également actionnaire, mais aussi banque conseil.

Comme l’a noté le communiqué de la CFE-CGC/UNSA, repris par les agences de presse, un rapprochement entre les 2 opérateurs historiques a plusieurs fois été envisagé, et pourrait être cohérent dans un marché européen arrivé à maturité.


Il s’agissait “seulement” de toucher… 80 millions d’euros d’acompte sur dividende !!

Mais dès mardi soir, on apprenait qu’en réalité, l’opération était purement financière, destinée à empocher 80,6 millions d’euros au titre de l’acompte sur dividende de 0,60 euro, via un achat/revente dans les fourchettes de dates requises pour toucher l’acompte (il fallait détenir les actions le 27 août). Le 30 août, la Deutsche Bank se délestait des actions, pour revenir à 3,25% du capital de France Télécom, après avoir détaché le coupon. Les opérations d’achat et revente ont eu lieu « hors marché » c’est-à-dire dans le cadre d’une vente de gré à gré sans passer par la bourse.

Il y donc une raison cachée pour laquelle c’est la Deutsche Bank qui a encaissé ces acomptes sur dividende. La banque a donc :

– soit débouclé des positions spéculatives de vente et d’achat à terme con-clues avec d’autres investisseurs, lui garantissant au passage une plus-value.

– soit agit pour le compte de clients tiers : l’opération permettrait alors aux véritables actionnaires (et donc bénéficiaires de l’acompte) d’organiser une défiscalisation avantageuse sur ce type de revenus. La banque a sans doute dans ce cas restitué à son client le montant des acomptes sous une autre forme.

Alors que les États occidentaux cherchent comment renflouer leurs budgets, après avoir renfloué les banques rappelons-le, et mettent salariés et classes moyennes au régime de la rigueur en rabotant systématiquement leur couverture sociale, cela apparaît d’autant plus choquant.

Un dividende élevé ne garantit pas l’attractivité du titre pour les investisseurs

Sous l’angle de la stratégie financière d’entreprise, l’opération est également édifiante : comme nous l’avons déjà régulièrement dénoncé, la politique de dividende du Groupe France Télécom ne rend pas l’action plus attractive…

Il s’agit donc d’une dilapidation en pure perte de montants qui pourraient plus efficacement renforcer les fonds pro-pres de l’entreprise, pour financer ses investissements et donc sa pérennité.

En attendant, l’ADEAS soutient la CFE-CGC/UNSA dans sa demande d’explications sur cette opération au CCUES (Comité Central de l’Unité Économique et Sociale).

Plus globalement, la constitution d’un actionnariat stable reste posée. Le désengagement de l’État et du FSI est annoncé.

A poursuivre dans sa stratégie de versement de dividendes trop généreux, contrairement à Google ou Apple qui n’en versent pas, France Télécom sera condamné à fusionner avec un autre acteur.

Espérons que le siège et les pouvoirs de décisions resteront en France…

 Législation

 Obligations de déclarer les franchissements de seuil :

– Dès 5% auprès de l’AMF (Autorité des Marchés Financiers), mais aussi à 10, 15, 25 et 33% (ce dernier seuil obligeant au déclenchement d’une OPA).

 – Pour chaque % supplémentaire dé-tenu si l’on souhaite pouvoir voter à l’AG de FT.

 Principaux actionnaires de France Télécom

1. Fonds Stratégique d’Investissement (FSI) 13,50%

2. État Français 13,23%

3. Salariés 4,41%

4. Deutsche Bank 3,25%

Le FSI est une sorte de fonds souverain. Créé fin 2008 pour permettre l’investissement dans des entreprises stratégiques il a été doté de 20 milliards de fonds propres par l’État et la Caisse des dépôts. L’État n’ayant pas d’argent, il a apporté une partie de ses participations, dont celles de FT.


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