La diversité au cœur des relations humaines

Isabelle Barth – Professeur à l’EM Strasbourg

La diversité fait partie des sujets qui sont à la fois une évidence et un défi, une notion morale et un acte rationnel, un thème de société comme d’entreprise. Isabelle Barth aborde ici dans un exposé plein « d’ouverture » un vrai panorama de la diversité au cœur des relations humaines : « …C’est un mot valise sans lequel chacun se projette à sa façon, tant dans la définition que dans l’adhésion.

On peut donc gloser sans fin sur le sujet, et sombrer vite dans l’opinion. Ce serait dommage car une vision et une mise en œuvre intelligente de la diversité dessine un chemin vers l’innovation sociale, le management responsable, et la performance globale de l’entreprise.

La diversité comme une évidence

Si l’on regarde la « grande image », la diversité est une évidence dans le monde du vivant, les biologistes et autres scientifiques experts de ces domaines, nous expliquent avec abondance de preuves, que la nature végétale comme animale n’aurait pu se développer et prospérer sans la biodiversité, que nous mettons fort à mal depuis quelques décennies, avec les dangers qui s’annoncent pour la pérennité de l’humanité.

De la même façon, l’humanité est diverse : il y a des Blancs, des Noirs, des métis, des hommes et des femmes, des musulmans et des sikhs, des handicapés et des bien-portants, des jeunes et des vieux, des hétérosexuels et des homosexuels ….

C’est une évidence, et pourtant, si on se rapproche du tableau, on se rend compte que ce n’est pas toujours aussi simple.

Les défis de la diversité

Regardons ensemble cette salle : il n’y a pas beaucoup de diversité, des hommes et des femmes certes, mais un faible brassage ethnique, des âges très semblables, des niveaux de formation très proches, beaucoup de Français ….

Pendant que je vous dis cela, vous pensez très fort : « Mais c’est n’importe quoi, je ne ressemble pas à mon voisin de droite ou à ma voisine de gauche ! Il est petit et gros, je suis grand et mince, elle est blonde et habite Paris, je suis brune et je viens de Lyon, il est musulman et je suis athée … » C’est bien là le premier défi : chacun veut être reconnu pour qui il est, dans ses différences, comme une personne unique, mais se trouve bien parmi ceux et celles qui lui ressemblent. C’est une construction qui commence dès l’âge de la socialisation : » les filles avec les filles, les garçons avec les garçons », le rejet du rouquin ou de la fille trop grosse …

C’est comme cela que des personnes se retrouvent écartées de la société, discriminées dans le monde du travail, parce qu’elles sont labellisées comme « différentes » : trop gros, trop belles, trop enceintes, trop handicapés, trop marqués politiquement ou religieusement … L’évidence se transforme en défi si on veut inclure ces personnes au groupe.

Les personnes discriminées sont en souffrance, et la société comme l’entreprise se privent de leurs talents, de leurs compétences, de leurs contributions au projet commun.

Le deuxième défi est de lutter contre cette tendance très partagée à exclure ceux qui ne nous ressemblent pas, en partant de l’hypothèse ou peut être du postulat que les différences sont une richesse pour chacun d’entre nous comme pour l’organisation à laquelle nous appartenons.

Le troisième défi est de manager la diversité pour aller vers un management inclusif dans les organisations. Il s’agit d’un projet global pour l’organisation, et donc, de la conduite d’un changement structurant.

Le management de la diversité : de quoi s’agit-il ?

Rappelons tout d’abord que la lutte contre les discriminations n’est pas optionnelle et qu’elle s’impose à l’entreprise dans le cadre de la loi du 16 Novembre 2001 avec la définition de 21 critères bien identifiés : le sexe, l’origine, l’orientation sexuelle, la religion, le handicap, l’âge, la grossesse, les opinions politiques et syndicales, l’apparence physique, le patronyme … en sont quelques-uns.

Le management de la diversité relève, lui, d’un choix, politique et stratégique. Il s’agit alors d’un projet global pour l’organisation, qui doit être pris comme la conduite d’un changement structurant.

Comme tel, il implique : la volonté du dirigeant, des arbitrages constants en faveur du projet, de la communication interne, des moyens dédiés. Sans cela, il reste du domaine de l’intention ou de la stratégie « cosmétique », du « diversity washing » !

Il faut donc du courage et la volonté de s’inscrire dans la durée car il n’y aura pas de « grand soir de la diversité » !

Comment aller vers un management inclusif ?

De façon classique, il faut d’abord faire un état des lieux sur le sujet, ce qui demande du courage. : Combien de femmes au comité de direction ? Quelles différences salariales ? Combien de salariés de plus de 50 ans envoyés en formation ? Combien de salariés en situation de handicap ? Quelles initiatives pour gérer le fait religieux ? Combien de jeunes en apprentissage ? Quelles pratiques de recrutement ? De promotion ? De gestion de fin de carrière ? Car le management de la diversité compte 21 critères et touche toutes les étapes de la vie professionnelle.

Ce diagnostic n’est pas simple, car le tableau n’est pas toujours idyllique, et, poser les questions amène à ouvrir la boite de Pandore des mécontentements, des revendications, des attentes jusque-là retenus.

Un outil très précieux est le « label diversité » qui, comme d’autres certifications, s’il est pris de façon proactive, est un formidable levier pour avancer. Son obtention donne un cap, et son cahier des charges un bon mode d’emploi pour y arriver : car la définition des rubriques, la construction et le suivi des indicateurs dans ce domaine, sont souvent des sujets mal connus des managers des ressources humaines.

De la contrainte à l’opportunité

Devant tant d’exigences, j’entends bien que cela pose la question classique de « Pourquoi le faire ? ». Et c’est là que les témoignages comme les études montrent qu’il ne s’agit pas d’une question morale mais bien d’un investissement immatériel dont on peut attendre un véritable retour. En nous appuyant sur de multiples études, nous pouvons affirmer que la diversité est porteuse de créativité, qu’elle permet d’intégrer des talents nouveaux et souvent ignorés, qu’elle contribue à la réputation de l’entreprise, qu’elle la rend plus attractive, qu’elle permet aussi, en réduisant les souffrances ou les malaises au travail, d’améliorer la performance sociale et donc globale. Chaque critère est le levier d’un développement spécifique mais les 21 critères doivent être pris de façon systémique pour construire un management inclusif.

Si des entreprises ont eu à payer des amendes importantes, et ont vu leur image être dégradée pour discrimination, celles qui gèrent au mieux la diversité en voient les effets positifs en interne comme vis-à-vis de leurs parties prenantes. La diversité est le pilier social de la responsabilité sociétale des organisations.

Pour rassurer, avoir un management de la diversité ne signifie pas que toutes les comptables vont arriver voilées, que les informaticiens seront en situation de handicap ou les vendeurs obèses, pour reprendre des angoisses de managers. L’entreprise doit pouvoir continuer à travailler et le code du travail est là pour donner un cadre. L’enjeu n’est pas le laisser-faire mais bel et bien de se focaliser sur la compétence en incluant le savoir-être, au-delà de la différence intrinsèque. »

La diversité est une évidence, mais pour qu’elle soit réelle et porteuse d’innovation et de performance, elle reste un défi au quotidien dans le monde du travail.

Elle a besoin de champions, de personnes « qui y croient». La diversité passe par des managers qui parient sur les valeurs les plus durables qui soient : la confiance et la reconnaissance, ce qui n’exclut en rien l’exigence. Isabelle Barth plaque l’accord final sur ces mots pleins d’humour :

« La diversité nous propose tout simplement de passer du « trop » au « et si ? »….Et si une vendeuse du Luxe pouvait être obèse ? Et si un comptable pouvait être tatoué ? Et si une femme pouvait diriger une entreprise du CAC40 ? Et si ? Et si ? »


Articles complémentaires

  1. Alerte sur le déploiement de Salesforce et dysfonctionnements dans la gouvernance des projets métiers En 2025, l’entreprise avait annoncé que Salesforce remplacerait l’outil Mercure en tant que système de gestion de la relation client (CRM). À cette occasion, la Direction Pro-PME et la Direction du Système d’Information (DSI) avaient sollicité chaque métier pour élaborer un cahier des charges rigoureux, destiné à prendre en compte les besoins terrain spécifiques de […]
  2. Un CSE Extraordinaire obtenu par la CFE-CGC suite aux incendies en Gironde et dans les Landes À la demande de la CFE-CGC, un CSE extraordinaire s’est tenu ce jeudi 30 juillet pour faire le point sur la gestion de la crise des feux de forêt qui touchent la Gironde et les Landes. Plus de 1 100 salariés de la DO Grand Sud-Ouest sont concernés. Voici ce qu’il faut retenir des échanges, […]
  3. L’ESSENTIEL DU CSEE DO IDF DE JUILLET 2026 Au sommaire de l’Essentiel du CSEE de la DO Île-de-France des 22 et 23 juillet 2026 : Politique sociale, emploi et conditions de travail : bilan 2025 emploi, perspectives et compétences  Pôle Obligations Légales de Paris : dénonciation d’usage et mise en conformité des déclarations des heures et périodes d’astreinte Recrutement d’un préventeur au sein […]
  4. POLITIQUE SOCIALE, EMPLOI ET CONDITIONS DE TRAVAIL : BILAN 2025 EMPLOI, PERSPECTIVES ET COMPÉTENCES Information En 2025, les effectifs en CDI ont diminué de 7.9 %, soit une perte nette de 513 postes par rapport à 2024. Cette baisse s’explique par un volume important de départs de l’entreprise (392 au total, dont 348 départs à la retraite) qui ne sont pas remplacés. On observe par ailleurs un net ralentissement […]
  5. PÔLE OBLIGATIONS LÉGALES DE PARIS : DÉNONCIATION D’USAGE ET MISE EN CONFORMITÉ DES DÉCLARATIONS DES HEURES ET PÉRIODES D’ASTREINTE Information Le Pôle Obligations Légales couvre le traitement des réquisitions judiciaires (Police, Gendarmerie), des demandes de Sauvegarde de la Vie Humaine (SVH), des demandes administratives (droits de communication impôts, douanes…) et des demandes civiles (avocats). 13 salariés (12 femmes et 1 homme) y sont rattachés. Les demandes estimées urgentes par les autorités (SVH, urgences judiciaires […]

À la Une

Incendies en Nouvelle-Aquitaine : quand le paritarisme apporte des réponses concrètes aux salariés

  • CIT LOGEMENT

Alors que les incendies qui ravagent actuellement la Gironde et les Landes bouleversent la vie de nombreuses familles, Action Logement a activé un dispositif d’urgence exceptionnel pour accompagner les salariés sinistrés. Fidèle à sa mission d’utilité sociale, le Groupe mobilise immédiatement ses équipes afin de proposer un diagnostic personnalisé, des aides financières pour faire face aux premières dépenses, […]