Suite à la grave crise sociale ouverte cet été par une vague de suicides endeuillant de nombreux sites, et sous la pression du gouvernement (l’État reste le principal actionnaire, employeur de 66 000 fonctionnaires et autorité de tutelle) la Direction a été contrainte, d’accélérer le changement de gouvernance (arrivée de Stéphane Richard, éloignement de Didier Lombard) et d’ouvrir des négociations avec les organisations syndicales pour tenter de dissiper l’immense malaise qui règne depuis plusieurs années dans notre entreprise.

Ces négociations sur « le stress » recouvrent en réalité l’ensemble du fonctionnement concret de notre groupe.

Il est vite apparu qu’il fallait découper cet immense bloc de réformes en plusieurs chantiers distincts qui pouvaient déboucher sur des accords spécifiques.

Cinq chantiers :

  1. mobilité des personnels
  2. séparation de la vie professionnelle et de la vie privée
  3. conditions de travail
  4. organisation du travail
  5. rôle des institutions représentatives du personnel (CE, DP, CHSCT…)

Par ailleurs, les confédérations syndicales ont signé en 2009 un « accord national interprofessionnel (ANI) sur le stress ». Le gouvernement a demandé qu‘il soit décliné dans les entreprises de plus de 1000 salariés.

La négociation est en cours, dans la branche et dans le groupe France Télécom. Les discussions ne s’arrêtent pas là.

Comme chaque année à la même période, se sont ouvertes les discussions sur les rémunérations (parts variables incluses). Enfin, dans la 1ère quinzaine du mois d’avril, vont redémarrer, à la demande de l’entreprise, de nouveaux travaux sur la « gestion prévisionnelle des emplois et compétences » (GPEC), alors que les deux dernières négociations ouvertes depuis 2003 avaient échoué, l’ensemble des syndicats rejetant les propositions

de la Direction !

Tous ces chantiers nécessitent plusieurs réunions hebdomadaires et mobilisent de nombreux militants. Autre difficulté, les sujets traités se recoupent souvent et il n’est pas aisé de mesurer les avancées concrètes tout en maintenant une cohérence d’ensemble.

Deux accords signés

La CFE-CGC/UNSA a signé l’accord « équilibre vie professionnelle/vie privée », avec la CFTC et la CGT.

L’accord « mobilité » comprend deux avancées majeures : l’arrêt de la fermeture des sites, la mobilité à la seule demande de l’entreprise devenant « exceptionnelle ». Toutefois, un des dispositifs du texte prévoit la possibilité d’une mobilité nationale pour les bandes E et F à la demande de l’entreprise. C‘est une disposition inférieure à celles du Code du Travail, du Code de la Fonction publique et de la Convention Collective Nationale des Télécoms. Pour cette raison, notre syndicat a refusé de signer ce texte, qui a été paraphé par la CFDT, la CGT et la CFTC.

Les discussions se poursuivent Sur certains sujets-clés, les positions de la Direction semblent se débloquer : arrêt des « mobilités forcées », rôle accru des CHSCT, limitation de l’individualisation des salaires au profit d’augmentations collectives « significatives », restriction du pouvoir absolu des « managers » au profit d’accords conventionnels et d’un poids accru des RH…

Il est encore trop tôt pour savoir si de ces négociations émergera un nouveau « contrat social » dans le groupe FT. La grande difficulté réside dans le fait qu’à la base, rien ne change ! La plupart des directions territoriales ou de divisions restent, au mieux, dans un prudent attentisme. Les directions Métiers font difficilement l’apprentissage des négociations collectives. Les négociations locales en sont à la phase du balbutiement. L’absence de changements concrets dans la vie quotidienne ainsi que la reprise des suicides (onze depuis janvier !) accroissent la méfiance, voire la défiance des personnels. Il faut aller plus vite, plus fort, plus haut !

Pierre Morville


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