
Lorsque l’on évoque la souveraineté numérique, le débat se concentre souvent sur les données, les plateformes ou l’intelligence artificielle. Pourtant, le véritable pouvoir se situe parfois plus en amont : dans les infrastructures qui rendent ces technologies possibles.
Dans sa tribune « Contrôle ce qui tient le monde », publiée dans la Revue Bastille et reprise par le think tank Géopolitique du numérique, Sébastien Crozier rappelle une réalité souvent oubliée : les rapports de puissance continuent de s’appuyer sur le contrôle des infrastructures stratégiques. Aux détroits, aux réseaux énergétiques et aux routes maritimes se sont ajoutés les câbles sous-marins, les semi-conducteurs, les capacités de calcul, les plateformes cloud et les modèles d’intelligence artificielle.
Les infrastructures façonnent les rapports de force
Le numérique ne s’est pas affranchi du monde physique. Il repose sur des infrastructures matérielles complexes et interdépendantes. Aujourd’hui, près de 99 % du trafic internet intercontinental transite par des câbles sous-marins qui suivent largement les grandes routes maritimes historiques. Cette organisation rend les échanges plus efficaces, mais crée également de nouvelles vulnérabilités stratégiques.
La fabrication des semi-conducteurs illustre également cette interdépendance mondiale. Les logiciels de conception sont largement dominés par les États-Unis, la production avancée est concentrée à Taïwan, tandis que la Chine occupe une place majeure dans le raffinage de plusieurs minerais critiques. Chaque acteur détient ainsi une partie du pouvoir en contrôlant un maillon essentiel de la chaîne de valeur.
L’intelligence artificielle crée de nouvelles dépendances
Avec l’essor de l’IA, les dépendances ne sont plus uniquement industrielles ou technologiques. Elles deviennent également intellectuelles.
Les outils utilisés quotidiennement par des centaines de millions de personnes influencent progressivement les méthodes de travail, les pratiques professionnelles, l’accès à l’information et la manière de résoudre des problèmes. Les infrastructures numériques ne transportent plus seulement des données : elles structurent les usages, les compétences et les écosystèmes qui se développent autour d’elles.
La question centrale n’est donc plus uniquement de savoir qui développe une technologie, mais qui contrôle l’environnement dans lequel les autres vont apprendre, créer, innover et travailler. Cette réflexion rejoint les travaux menés par le think tank Géopolitique du numérique sur les dépendances technologiques et les infrastructures critiques qui conditionnent désormais la puissance économique et stratégique des nations.
Un enjeu majeur pour l’Europe et pour Orange
Pour la CFE-CGC Orange, cette analyse éclaire les transformations en cours dans notre secteur. Les réseaux de télécommunications, les infrastructures cloud, les câbles sous-marins, les centres de données ou encore les capacités de calcul deviennent des actifs stratégiques au cœur des nouveaux rapports de force mondiaux.
Dans ce contexte, la capacité de l’Europe à conserver la maîtrise de ses infrastructures critiques constitue un enjeu de souveraineté, mais également d’emploi, d’investissement, de compétences et d’indépendance technologique. Les télécommunications ne sont plus seulement un secteur économique : elles sont devenues l’une des infrastructures qui soutiennent l’ensemble de l’économie numérique.
Comprendre qui contrôle les infrastructures numériques, c’est comprendre où se situe désormais le véritable pouvoir.
➡️ Retrouvez l’intégralité de la tribune de Sébastien Crozier sur le site du think tank Géopolitique du numérique : « Contrôle ce qui tient le monde ».