L’État français investit massivement dans les infrastructures numériques stratégiques, mais l’accumulation de participations ne suffit pas. Sans doctrine claire, la souveraineté numérique française restera fragile.
L’État actionnaire, un engagement sans vision globale ?
Télécommunications, câbles sous-marins, cloud, satellites, calcul haute performance : les prises de participation publiques se multiplient. Chaque investissement répond à un enjeu de souveraineté bien identifié. Pourtant, la détention d’actifs ne garantit pas à elle seule une autonomie stratégique.
La France dispose d’atouts majeurs : des entreprises clés dans les infrastructures numériques, les télécommunications ou les communications satellitaires.
Mais la géopolitique du numérique exige plus que la protection d’actifs.
Elle nécessite une coordination des acteurs, une hiérarchisation des priorités et une vision industrielle cohérente sur le long terme.
Qui structure les filières stratégiques ?
Les décisions récentes montrent un État qui investit et protège, mais qui peine à organiser les complémentarités entre les acteurs soutenus. Résultat : dans plusieurs domaines, des entreprises liées à la puissance publique se retrouvent en concurrence directe, alors qu’elles poursuivent des objectifs similaires.
Cette situation n’est pas due à un manque de moyens ou d’ambition. Elle révèle l’absence d’une doctrine stratégique capable d’articuler les participations publiques autour d’une feuille de route commune.
D’une logique de portefeuille à une logique de filière
Le rôle de l’État actionnaire ne doit pas se limiter à accumuler des participations.
Il doit :
- identifier les actifs véritablement stratégiques ;
- organiser les synergies entre les acteurs ;
- renforcer les champions capables de structurer durablement une filière.
La question n’est donc pas de savoir s’il faut investir plus ou moins, mais comment investir.
Une politique de souveraineté suppose :
- des choix clairs ;
- une vision long terme ;
- une coordination des moyens autour d’objectifs définis.
Sans cela, la France risque de rester un acteur dispersé, incapable de peser face aux géants américains et chinois.
Conclusion
La souveraineté numérique ne se décrète pas. Elle se construit par une stratégie industrielle cohérente, une coordination efficace et une vision partagée.
L’État a les moyens. Il lui manque encore la doctrine pour les déployer de manière optimale.
À la CFE-CGC Orange, nous suivons avec attention ces enjeux, car ils impactent directement l’avenir des salariés du numérique et des télécommunications.
Retrouvez l’intégralité de la tribune de Sébastien Crozier sur le site du Think Tank Géopolitique du numérique : » L’Etat actionnaire n’a aucune doctrine stratégique, la souveraineté numérique française ne se construira pas par l’accumulation de participations «
L’Etat actionnaire n’a aucune doctrine stratégique, la souveraineté numérique française ne se construira pas par l’accumulation de participations Les Échos