1 – Une ex-administration
Administration longtemps reliée à la Poste, France Télécom n’est devenue une Société Anonyme qu’en 1996 pour être définitivement privatisée en 2003. L’État en reste de loin le 1er actionnaire et également le 1er employeur, 70% des 100 000 salariés actifs de FTSA étant fonctionnaires. L’héritage de la fonction publique marque encore profondément l’entreprise : l’ensemble des fonctionnaires échappe toujours aux bénéfices du Code du Travail et de la négociation collective (rémunération, emploi, mobilité..), de même la garantie de l’emploi subsiste.
2. Une découverte à reculons des IRP
FTSA n’a découvert les CE, les Délégués du Personnel et autres Délégués Syndicaux qu’en 2005 ! Auparavant, arguant des dispositions législatives dérogatoires au Code du Travail, la direction refusait toute représentation du personnel, avec la complicité active de syndicats historiques qui préféraient la concertation à "bureau fermé" avec les dirigeants. In fine, l’entreprise n’a aucune habitude ni expérience du dialogue social, non plus qu’un simple salarié n’a le réflexe de faire appel à un DP ou à un CHSCT.
3. Une financiarisation accélérée du secteur
Après une dérégulation récente (cf. encadré), le secteur des Télécom a connu une financiarisation accélérée : La bulle spéculative de 2001 sur l‘Internet a entraîné un profond endettement de l’ensemble des grands acteurs du secteur (FT devenant la 1ère entreprise du monde pour l’endettement avec 70 milliards d’euros !). Si la croissance a permis de réduire la pression de leur dette, les États ont organisé une dénationalisation rapide et un fort appel aux marchés avec une politique d’importantes primes à l’actionnaire. Ainsi, en 2006, FT SA a versé 2,5 milliards de dividendes à ses actionnaires (pour une masse salariale globale de 7,5 milliards d’euros) et en 2007 encore +20%. Dans un marché certes en progression mais soumis à forte concurrence, les opérateurs dominants qui ne sont pas libres de leur politique de tarification, doivent « rassurer les marchés financiers » en réduisant drastiquement les coûts fixes…
4 – 22 000 suppressions d’emploi
La hausse de la productivité et l’assujettissement au ratio CA/personne font estimer le sureffectif par la Direction à environ 50 000 personnes. L’entreprise a déjà annoncé la suppression de 22 000 emplois, sans licenciements grâce aux départs en préretraite (possibles jusqu’à décembre 2006), retours à la fonction publique, essaimages… La direction laisse également filtrer le chiffre de 40 000 suppressions d’emplois à la fin 2010. France Télécom ne peut pas recourir à des PSE (Plans Sociaux pour l’Emploi qui permettent de négocier des licenciements secs) car les fonctionnaires n’étant pas licenciables, il est difficile dans un tel contexte de ne se séparer que des salariés « privés ».
5 – pousser les gens dehors par tous les moyens :
Mobilité forcée à plusieurs centaines de Km du lieu initial de travail, dégradations hiérarchiques ou fonctionnelles, remises en cause quotidiennes et publiques des compétences, fermetures de services entiers, les salariés étant placés en « espace développement » (= placard), recherches assidues de fautes professionnelles, utilisation de l’encadrement et des RH comme forces de pression, plus d’augmentation ou de promotions pour les seniors (l’entreprise a néanmoins une moyenne d’âge de 49 ans !).Au résultat, culpabilisation, congés de longue maladie (en très forte hausse) démissions dramatiques, et à terme malheureusement, suicides…

Pour rompre l’isolement des individus harcelés, pour faire connaître leur cas, leur apporter une assistance juridique et médicale, pour faire savoir au public la réalité de la politique sociale d’une entreprise qui jouit encore de l’image du service public, la CFE-CGC a décidé de créer un Observatoire du stress et de la mobilité forcée en relation avec les 20 CE et le réseau des CHSCT.

Les Télécommunications, de la dérégulation à la sur-régulation :
Le secteur des Télécoms européen, caractérisé par une forte croissance, représente l’activité économique européenne la plus régulée, ce depuis les décisions européennes de 96/97 instaurant paradoxalement la «dérégulation» du secteur.

L’objectif ? Créer à partir de 15 monopoles nationaux (nombre d’États adhérents à l’époque) une privatisation générale du secteur, propre à susciter la concurrence par l’intervention d’opérateurs nouveaux. Parmi les mesures incitatives ou contraignantes, la désignation dans chaque pays d’un « gendarme » national, indépendant de l’État. En France, il s’agit de l’ARCEP. Ces instances de régulation ont notamment déterminé le statut « d’opérateurs dominants » imposé aux principaux acteurs du marché européen (France Télécom, Deutsch Telekom..). Elle leur impose également le « dégroupage », i.e. le libre accès des concurrents aux infrastructures lourdes des Télécoms (les « gros tuyaux »). Celles-ci, bâties dans les années 70/90, ont nécessité l’embauche de très nombreux personnels, expliquant ainsi les centaines de milliers de salariés de ces groupes.
 


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