En début d’année 2012, l’ARCEP annonçait la suppression de 10.000 emplois possible dans la filière Télécom. Quelques mois plus tard une étude universitaire concluait à la disparition de 50.000 emplois dans ce secteur d’activité dans les deux années à venir. Bouygues et SFR ont annoncé récemment des plans de départs volontaires et la suppression de centaines d’emplois. Stéphane Richard de son côté a présenté jeudi 8 octobre, lors d’une rencontre avec les organisations syndicales, la nouvelle « politique pour l’emploi » du groupe France Telecom-Orange en France pour la période 2012-2015.

Cette politique envisage le recrutement de 4.000 CDI sur les trois ans à venir mais également le départ à la retraite de 9.000 personnes. Soit la suppression de 5.000 emplois pour un effectif total en France de 105.000 employés (soit une réduction de la masse salariale du groupe en France de 4,8%). Ce plan prévoit également l’accueil de 5.000 jeunes en alternance chaque année alors que le rythme des départs à la retraite devrait s’accélérer et passer de 4.000 à 5.000 par an à partir de 2016-2017, et atteindre même 6.000 départs en 2020. Dans le futur, le solde des emplois, devrait donc être largement négatif du fait des départs massifs à la retraite.

Ainsi, Stéphane Richard réaffirme par ces annonces qu’il n’y aura pas de PSE à France Télécom. « Le groupe va devoir s’adapter mais sans brutalité, en tenant compte de la démographie de l’entreprise » déclarait le président.

Les réorganisations des services et les fermetures des agences (il est prévu la fermeture de 150 boutiques) ne devraient pas entraîner de licenciements. Les personnels vont devoir se « redéployer » dans le groupe alors que de moins en moins de postes sont et seront à pourvoir.

Si l’emploi du terme « brutalité »  fait référence à d’éventuels licenciements, les réorganisations se feront peut-être sans « brutalité ». Mais dans ce jeu de chaises musicales d’autres formes de brutalité risquent d’émerger.

Et c’est ainsi que des managers, et c’est peut-être la différence par rapport aux années passées mettent une pression, qu’ils pensent non « brutale », sur leurs équipes en « toute bonne foi », sans prise de conscience réelle des impacts destructeurs de leurs actes ou des propos tenus. Les conséquences sur la santé des personnels n’en étant que décuplées.

D’autant que, si durant la période 2009, certains ont pu échapper à cet environnement de travail pathogène, préférant quitter l’entreprise pour préserver, consciemment ou inconsciemment leur santé, ce choix est devenu aujourd’hui plus difficile du fait de la crise économique. Et c’est sans doute là toute « l’intelligence du système », car dans ce contexte, les individus n’auraient plus qu’à se soumettre et  à accepter. Les déqualifications dans un premier temps, puis les diminutions de salaires pour « préserver l’emploi de tous », ou encore une remise en cause des temps de travail. Si nous faisons référence à la boucle du deuil ou courbe du changement d’Elisabeth Kubler Ross nous pourrions croire que nous sommes dans la phase d’acceptation des transformations annoncées. Niveau d’acceptation validé par la progression des indicateurs des différents baromètres sociaux (voir l’article, « RSE, Prix de beauté », d’A-M. Minella). Par contre, n’oublions pas, comme le relèvent des travaux de psychologues,  que lorsqu’il est demandé à des malades atteints de maladies graves, au cours de leurs traitements ce qu’ils pensent de leur qualité de vie, les personnes s’expriment de manière bien plus positive dans une phase avancée de la maladie alors que leur état de santé global s’est aggravé.

Et cette acceptation ne risque t’elle pas de se révéler « un puit sans fond » ? Car de même que l’entreprise en demande toujours plus en termes de performances à atteindre par les personnels, le système économique en place ne vise qu’à employer la main d’œuvre la moins chère et la plus malléable possible. La mondialisation permet le recours à cette main d’œuvre. Le nivellement par le bas devrait donc se poursuivre irrémédiablement.

Les médias relaient un discours appuyé sur les Emplois, et la problématique des conditions de travail, du travail de qualité n’est plus clairement mise en avant y compris par le gouvernement – « il faut pourtant développer l’emploi mais pas au détriment du travail » rappelle M Sapin (Santé et Travail Nov.2012). Nous ne pouvons qu’être d’accord sur le fait que l’emploi est essentiel, mais s’il devient premier, il ne peut qu’entraîner les salariés à accepter une dégradation de leurs conditions de travail.

Dans ce contexte, ceux qui défendent la santé et les conditions de travail s’exposent à des commentaires sur leur « irresponsabilité » par rapport aux 10 millions de chômeurs et prennent le risque d’être qualifiés « d’enfants gâtés, de privilégiés ou de nantis ». Il ne s’agit pas de tomber dans ce piège. Au point ou nous en sommes, ce n’est pas un emploi partagé (mais conduisant à des conditions de travail dégradées) qui nous permettra de sortir de la crise, au contraire. Conditions de travail et emplois constituent deux revendications qui ne doivent pas s’exclure l’une l’autre, ni s’opposer, mais qui sont à faire co-exister.


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