Voici quelques éléments intéressants extraits du rapport rendu par le cabinet Emergence au CHSCT de Lyon. Ce rapport étudie l’application de la décision unilatérale de France Télécom concernant les conditions de travail et les horaires des services clients de SCOF. L’analyse particulière de la question de l’urgence, tout en mentionnant des éléments spécifiques aux métiers étudiés, concerne aussi bon nombre de salariés.

« La gestion de l’urgence apparaît comme une activité régulière, faisant partie intégrante de l’activité des personnels rencontrés. «On travaille en permanence dans l’urgence» (SAV). «Notre travail, c’est gérer l’urgence» (production).

Le travail dans l’urgence se caractérise par une incapacité à pouvoir anticiper et préparer le traitement en amont et exige, dans le même temps, de concilier des impératifs de rapidité et de qualité de traitement.

Cependant, le plus souvent, les organisations n’offrent pas de temps dédié au traitement de l’urgence expliquant qu’il va s’imposer aux personnels de manière imprévue et bousculer, voire perturber, la continuité d’une activité en cours. Le traitement de l’urgence se fait ainsi au prix de compromis coûteux : interruption, report de tâches, re-planification du travail inachevé. De même, lorsqu’ils travaillent dans l’urgence, les salariés doivent gérer des situations particulièrement critiques alors même qu’ils sont soumis à une pression temporelle forte, ce qui est d’ailleurs vécu comme une agression par l’organisme.

De fait, le traitement de l’urgence ne « va pas de soi », il relève d’une activité complexe assurée par des personnels dont les marges de manœuvre sont extrêmement réduites. Cette recherche permanente d’efficacité a un impact sur la santé des salariés et semble pourtant ignorée, ou méconnue par l’entreprise alors qu’elle s’inscrit vers l’atteinte des objectifs poursuivis par l’entreprise. Par conséquent, face à l’urgence, la réalisation de la charge de travail (ou activité) planifiée est différée, interrompue et peut finalement "prendre du retard", devenant à son tour une urgence. Il s’agit là d’un processus pervers où l’urgence s’autoalimente : la gestion de l’urgence se fait au prix d’un report et/ou d’une interruption de la charge de travail planifiée qui, parce qu’elle n’est pas réalisée dans les temps, prend du retard au point de devenir urgente.

Ces traces du "travail dans l’urgence" participent de l’émergence d’un sentiment de frustration, source d’insatisfaction du travail aiguisé par l’absence de reconnaissance du coût induit par la gestion de l’urgence. Cette insatisfaction est d’autant plus grande que la gestion de l’urgence et ses conséquences, exposent davantage les personnels au risque de se voir reprocher la non réalisation du travail dans les délais impartis, par la hiérarchie. le fonctionnement actuel du système fait que finalement tout finit par devenir urgent et par prendre du retard. Du coup, les salariés se retrouvent placés dans des situations où ils doivent sans cesse "courir après le temps" pour tenter de "rattraper le retard", ce qui s’assimile à un objectif inatteignable et amène à questionner fortement l’organisation sur le rapport ressource-charge de travail. »


Articles complémentaires

  1. Essentiel CSEC N69 du 20 octobre 2026 Au sommaire du CSEC N°69 du 20 Octobre : Cyberattaque du site du CSEC Bilan logement Évolution du modèle organisationnel de l’établissement SCE Cabines des experts Développement des compétences Adressage commercial du marché entreprise Retrouvez Essentiel CSEC N°69 du 20 octobre 2026
  2. Évolution du modèle organisationnel de l’établissement SCE Consultation Au 30 septembre 2026, 179 salariés volontaires avaient été accompagnés dans le cadre du congé de reclassement. Parmi eux, 172 étaient sortis du dispositif, tandis que 7 restaient suivis. Parmi les 152 salariés ayant un projet hors retraite, les solutions identifiées concernent principalement la reconversion professionnelle (49 %) et l’emploi (35 %). La création […]
  3. Adressage commercial du marché entreprise Consultation Le projet vise à adapter l’organisation commerciale d’Orange aux évolutions du marché : concurrence accrue, pression sur les prix et demande croissante de services numériques. En 2025, les prises de commandes ont atteint 2,15 milliards d’euros, en hausse de 4,7 %, mais le chiffre d’affaires comptable a reculé de 5,4 %, à 2,3 milliards […]
  4. Relation Client Entreprises : une transformation qui change les métiers et l’organisation Information Le projet Orange Service Management (OSM) vise à moderniser et automatiser la gestion des services clients via la plateforme « ServiceNow », dans le cadre du programme SM2.0. Cette transformation répond à la nécessité de renforcer la digitalisation, l’automatisation, et la réactivité des processus, afin d’améliorer l’expérience client et la performance opérationnelle. La mise […]
  5. Essentiel CSEC N° 68 du 15 septembre Au sommaire du CSEC du 15 septembre 2026 : Évolution des modes de prise en charge client par la visioconférence Relation Client Entreprises : une transformation qui change les métiers et l’organisation Résultats financiers 1er semestre 2026 Bloc 3 : Rapport Handicap Bloc 3 : Rapport Egalité professionnelle Retrouvez Essentiel CSEC N°68 du 15 septembre […]

À la Une

Revue de presse d’octobre 2026

  • Stéphanie CRESPIN

La revue de presse est à votre disposition. Au sommaire :  Etat actionnaire, IA, opérateurs satellitaires, qualité de vie et santé, égalité pro, diversité, SFR, management. Pour la consulter : revue de presse d’octobre. Pour vous abonner gratuitement : s’abonner Vous pouvez lire les articles au fil de leur publication en rubrique Revue de presse, […]