Orange Safety : Un projet ambitieux au cœur de la transformation de la prévention

Depuis plusieurs années, Orange engage une transformation profonde de sa politique de prévention des risques professionnels. Le projet Orange Safety s’inscrit pleinement dans cette dynamique, avec une ambition claire : Doter l’ensemble des préventeurs du Groupe d’un outil unique, intégré leur permettant de gérer de façon harmonisée la santé et la sécurité au travail.

Durant les Commissions de Prévention des Risques Professionnels et de Promotion de la Santé au Travail (CPRPPST) de 2025 et 2026, la Direction nous a présenté les travaux d’avancement relatifs au projet Orange Safety. Cet article en présente la synthèse.

Derrière une modernisation affichée, une question essentielle et opérationnelle se pose : Quel modèle de prévention voulons-nous réellement pour les salariés d’Orange ?

Lancé officiellement en octobre 2024 après plusieurs années de préparation et d’expression de besoins métiers, ce projet vise à remplacer une multitude d’outils hétérogènes (plus de 600 fichiers Excel d’après la Direction !). Cette une solution unique et structurée a pour objectif de mettre en place des pratiques homogènes et conformes aux exigences réglementaires et notamment à la norme ISO 45001.

L’objectif affiché par la Direction est multiple :

  • Renforcer la culture de prévention,
  • Améliorer le pilotage global des risques,
  • Moderniser le métier de préventeur,
  • Fiabiliser et centraliser les données,
  • Faciliter la conformité réglementaire.

1. Un outil structurant en cours de déploiement

a. Une solution intégrée couvrant l’ensemble des processus de la prévention

Orange Safety est conçu comme un véritable système d’information de la prévention, couvrant l’ensemble des processus métiers :

  • Évaluation des risques professionnels : Document Unique d’Evaluation des risques Professionnels (DUERP),
  • Suivi des actions du Programme Annuel de Prévention des RIsques Professionnels et d’Amélioration des Conditions de Travail (PAPRIPACT),
  • Gestion des événements accidentels,
  • Audits et conformité réglementaire,
  • Reporting et pilotage,
  • Gestion documentaire.

Il repose sur une logique de base de données centralisée, alimentée en continu, permettant :

  • Une vision consolidée des risques,
  • Une traçabilité complète,
  • Une exploitation facilitée des données à tous les niveaux de l’entreprise.

b. Une transformation méthodologique profonde des DUERP

Au-delà de l’outil, Orange Safety transforme en profondeur les pratiques d’évaluation des risques :

  • Introduction d’un catalogue harmonisé de situations de travail, risques et mesures de prévention,
  • Standardisation des méthodes entre entités,
  • Evolution des modèles de cotation (distinction risque brut / risque résiduel),
  • Intégration des risques psychosociaux selon les référentiels DARES.

Cette harmonisation vise à « parler le même langage » en matière de Prévention des risques à l’échelle du Groupe et à améliorer la comparabilité des données entre les différentes entités.

c. Un déploiement progressif en 2026

Le pilote mené au second semestre 2025 sur le périmètre Grand Sud-Ouest, a concerné environ 7 000 salariés, 9 entités et 26 préventeurs, avec un retour globalement positif sur l’appropriation de l’outil (avec un taux d’usage de 89% et un indice de satisfaction à 8/10).

Le déploiement national est engagé en 2026, avec :

  • Des formations progressives pour tous les préventeurs,
  • Un accompagnement structuré,
  • Une généralisation progressive à l’ensemble des entités,
  • Une période de « gel » clairement identifiée pour l’adaptation de l’outil à la réorganisation Regain.

2. Des apports réels salués par les acteurs de la prévention

La CFE-CGC Orange reconnaît plusieurs points positifs structurants dans le projet Orange Safety.

a. Une centralisation attendue et utile

L’un des principaux bénéfices identifiés est la centralisation des données de prévention, qui permet :

  • D’éviter les multiples fichiers et doublons,
  • De disposer d’une base unique fiable,
  • De faciliter le suivi dans le temps.

Cet apport est clairement identifié comme un gain opérationnel majeur par les utilisateurs.

b. Une meilleure traçabilité et un pilotage renforcé

L’outil permet :

  • Une traçabilité complète des actions et des évaluations,
  • Une capacité de reporting automatisé,
  • Une vision consolidée des risques à l’échelle nationale.

Cela constitue un levier important pour la démonstration de conformité et le pilotage stratégique de la prévention.

c. Une harmonisation des pratiques

Le projet apporte une réelle homogénéisation des méthodes, notamment via :

  • Les trames DUERP harmonisées,
  • Le catalogue de risques,
  • Les référentiels communs.

Cette harmonisation facilite le partage de bonnes pratiques, un gain de temps et la montée en compétence des nouveaux préventeurs.

d. Un levier de professionnalisation du métier de préventeur facilitant la culture prévention

Orange Safety contribue à structurer davantage le métier en :

  • Renforçant les exigences méthodologiques,
  • Renforcer la culture prévention,
  • Homogénéisant les pratiques,
  • Améliorant la lisibilité des actions de prévention.

Le pilote montre d’ailleurs une forte adhésion des préventeurs, avec un indice de satisfaction moyenne de 8/10.

3. Des points de vigilance majeurs à ne pas sous-estimer

Malgré ces apports, la CFE-CGC Orange a identifié plusieurs risques importants, qui conditionnent la réussite du projet.

a. Le risque d’une prévention « hors sol »

La logique d’harmonisation nationale et de catalogue comporte un danger évident : Celui de produire une prévention standardisée, « descendante », déconnectée du travail réel et des réalités opérationnelles.

L’analyse des situations de travail n’est pas une suite de cases à cocher, il est fait d’adaptations permanentes, de contraintes locales et de situations particulières.

Peut-on standardiser le travail sans en appauvrir la compréhension ?

En réduisant la granularité de l’analyse, on prend le risque de ne plus voir certains risques spécifiques, telles que : l’impossibilité de créer certaines unités de travail adaptées, lisser les réalités terrain, et finalement de passer à côté du travail réel.

Pour la CFE-CGC Orange la prévention ne peut pas être uniquement normative, elle doit rester ancrée au travail réel sur le terrain et notamment aux spécificités locales.

b. Un outil qui risque de réduire la prévention à un travail derrière un écran

Si Orange Safety devient une fin en soi, alors nous aurons perdu ce qui fait la qualité de la prévention : Le lien direct avec le réel.

Un outil, aussi performant soit-il, ne remplacera jamais l’observation du travail, les échanges avec les salariés ni la compréhension fine des situations.

c. Une charge de travail largement sous-estimée

Le retour de la phase pilote par les préventeurs est sans ambiguïté :

  • L’initialisation de l’outil est lourde (migration des DUERP) et repose sur un préventeur dédié par entité,
  • Le temps d’appropriation nécessaire est conséquent alors que les préventeurs sont déjà sous tension,
  • Une difficulté à concilier déploiement et activité courante.

Or, à ce stade les réponses de la Direction restent insuffisamment précises sur le temps réellement alloué aux préventeurs et aux moyens dédiés au déploiement du projet.

Pour la CFE-CGC Orange, cette situation est intenable sans un arbitrage clair.

d. Une complexification de l’évaluation des risques qui interroge

La nouvelle méthodologie ajoute de la complexité pour bien appréhender : la nouvelle cotation des risques, qui distingue les risques bruts et résiduels, mais également l’appropriation des nouveaux libellés harmonisés des DUERP.

Sans formation approfondie, temps et moyens dédiés :

  • Le risque d’erreur augmente,
  • La compréhension diminue,
  • La pertinence des évaluations peut être fragilisée.

Pour la CFE-CGC Orange, sans accompagnement adapté et renforcé, cette complexité peut nuire à la qualité des évaluations.

Plus de complexité ne signifie pas forcément plus de qualité.

e. Une logique de pilotage qui peut dériver

Derrière la promesse de pilotage global, une autre réalité peut émerger : Celle d’un pilotage par indicateurs, au détriment du sens.

Plusieurs points restent à clarifier :

  • Les indicateurs de qualité des évaluations,
  • L’organisation du support dans la durée,
  • Le suivi de l’impact réel sur les conditions de travail,
  • La gouvernance globale du dispositif.

Pour la CFE-CGC Orange, quand la prévention devient un simple outil de reporting, un levier de conformité ou encore un indicateur de performance, alors elle s’éloigne de sa finalité première qui est de protéger concrètement les salariés.

Notre message aux salariés : Un outil utile… A condition de garantir ses finalités.

La CFE-CGC Orange considère qu’Orange Safety constitue une avancée structurante pour la prévention mais également un projet à forts enjeux sociaux et organisationnels.

Sa réussite repose sur plusieurs conditions essentielles que nous demandons :

  • Reconnaissance du temps de travail nécessaire au déploiement et à l’utilisation de l’outil,
  • Maintien d’une prévention ancrée dans le travail réel,
  • Garantie d’une prise en compte des spécificités locales,
  • Mise en place d’un suivi transparent en CPRPPST,
  • Clarification des indicateurs de performance et d’impact,
  • Renforcement de la formation et de l’accompagnement des préventeurs.

Si Orange Safety marque une étape importante dans la transformation de la prévention au sein du Groupe, il faut faire de son déploiement un véritable levier d’amélioration des conditions de travail, et non un simple outil de pilotage ou de conformité.

La CFE-CGC Orange restera pleinement mobilisée pour accompagner ce projet, en défendre les apports mais aussi garantir qu’il serve réellement les salariés et la prévention primaire.

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