Par un arrêt du 30 juin, la Cour de cassation place à nouveau le CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) sur le devant de la scène en fournissant une illustration de ce que recouvre la notion de « projet important modifiant les conditions de travail » et nécessitant à ce titre la consultation préalable du comité.

Tel est le cas d’un projet de regroupement de sites, concernant un nombre significatif de salariés et impactant leur mobilité ainsi que leurs attributions.

Les CHSCT de chaque site concerné par le regroupement doivent impérativement être consultés, précisent les Hauts magistrats dans cet arrêt. La consultation du seul CHSCT dont dépend le site d’accueil est insuffisante et autorise les autres comités à agir en référé pour obtenir la suspension du projet.  Regroupement de différents sites comptant leur propre CHSCT.

En l’espèce, la société France Télécom envisageait de regrouper un service transversal composé de 80 salariés répartis sur cinq sites différents, sur un même site situé à Montélimar. L’entreprise compte deux CHSCT, l’un pour la région Sud, l’autre pour la région Nord. Elle décide de soumettre son projet à la consultation d’un seul des deux CHSCT, celui dont dépend le site d’accueil principal de Montélimar, le CHSCT Nord. L’employeur pensait ainsi avoir satisfait à l’obligation, posée par l’article L. 4612-8 du Code du travail, de consulter le CHSCT « avant toute décision d’aménagement important modifiant les conditions de santé ou de sécurité ou les conditions de travail ». 

Mais, estimant qu’il aurait également dû être consulté, le CHSCT Sud saisit le président du TGI en référé et réclame, d’une part, la condamnation de la société à surseoir au redéploiement et, d’autre part, la réintégration des agents et une consultation en bonne et due forme.

Le référé est néanmoins rejeté, au motif que seuls 19 salariés relevant du CHSCT Sud étaient concernés par le projet ; leur redéploiement ne constituait pas un projet important justifiant la consultation de ce CHSCT, d’autant que ces salariés pouvaient refuser leur mutation à Montélimar et opter pour un poste de reclassement sur leur site d’origine, à Avignon.

L’affaire est portée devant la Cour de cassation.

Consultation préalable des CHSCT

La chambre sociale censure la décision des premiers juges. Elle confirme tout d’abord que le projet en question nécessitait bien une consultation préalable.

Selon les Hauts magistrats, constitue en effet une décision d’aménagement important modifiant les conditions de travail au sens de l’article L. 4612-8 du Code du travail, un projet de regroupement sur un même site d’un service commun réparti sur plusieurs sites intéressant 80 salariés, dont la mise en œuvre doit entraîner le transfert hors de leur secteur géographique d’origine ou le changement des attributions de ces salariés.

Les éléments à prendre en compte pour déterminer l’importance du projet sont donc le nombre significatif de salariés concernés, mais aussi et surtout l’impact sur les conditions de travail, en terme notamment de mobilité géographique et d’attributions nouvelles, peu important que la santé et la sécurité des intéressés ne soient pas directement concernées.

La solution n’est pas véritablement nouvelle, car, en 2005, la chambre sociale avait déjà adopté cette position dans le cas d’un projet de transfert d’activité concernant 200 salariés, dont le reclassement leur imposait de suivre des formations d’adaptation à leurs nouveaux emplois et exigeait une mobilité géographique (Cass. soc., 12 juillet 2005, n° 03-10.633).

La solution adoptée dans l’arrêt du 30 juin est plus innovante en ce qu’elle fixe le niveau de consultation à retenir. Les Hauts magistrats posent en effet pour principe, « qu’en l’absence d’un CHSCT unique compétent pour l’ensemble des sites concernés, le projet qui excède nécessairement les prérogatives de chacun des CHSCT impose la consultation de tous les CHSCT territorialement compétents pour ces sites ». La consultation du seul CHSCT dont le périmètre de compétences recouvre le site d’accueil est donc insuffisante, même si l’employeur informe ce CHSCT de l’intégralité du projet et de ses incidences sur l’ensemble des salariés des différents sites.

pdf arret cour cassation cass-soc-09-13-640-chsct


Articles complémentaires

  1. L’essentiel du CSE de la DO GSE du mois de septembre 2026 Découvrez l’essentiel du CSE de la DO GSE du mois de Septembre 2026, avec au sommaire :  Nouveau campus de Marseille et transfert de sky56 vers Lyon Lacassagne : vos conditions de travail déménagent aussi ! Médecine du travail, heures supplémentaires : quels moyens pour quels besoins ? Si vous souhaitez lire notre article, cliquez […]
  2. Nouveau campus de Marseille et transfert de sky56 vers Lyon Lacassagne : vos conditions de travail déménagent aussi ! Nouveau campus de Marseille et transfert de sky56 vers Lyon Lacassagne : vos conditions de travail déménagent aussi ! Concrètement ce qui change : À Marseille, le nouveau campus prévoit l’installation de 471 salariés de la DOGSE à La Tour La Marseillaise, EKO et Joliette, avec des emménagements échelonnés de fin 2026 à novembre 2027. […]
  3. Médecine du travail, heures supplémentaires : quels moyens pour quels besoins ? Médecine du travail, heures supplémentaires : quels moyens pour quels besoins ? Concrètement ce qu’il faut retenir : Orange prépare le renouvellement de l’agrément de son service interne de prévention et de santé au travail pour 2027-2032. L’enjeu : préserver un suivi de proximité, assuré par des professionnels qui connaissent les métiers et les conditions […]
  4. SANTE AU TRAVAIL CHEZ ORANGE : UN INVESTISSEMENT MASSIF, DES RESULTATS DECEVANTS ! Information Consultation sur la demande de renouvellement de l’agrément du service de prévention et santé au travail d’Orange en France  Malgré des investissements importants, la santé au travail à Orange reste préoccupante. Le service de santé autonome, avec médecins, infirmiers, et professionnels de prévention, est une chance. Ils connaissent les métiers, les risques, et ont […]
  5. Projet de changement des horaires de la boutique de Noyelles Godault Le dernier ajustement des tableaux de service date de plus de 5 ans. Depuis, les mouvements des conseillers ont permis quelques modifications, mais cela reste insuffisant pour répondre aux besoins actuels et à l’évolution de l’activité commerciale. Des déséquilibres sur certaines journées entraînent de nombreuses sollicitations managériales pour ajuster temporairement les horaires, avec des difficultés […]

À la Une

Quality Jobs Act : comment l’Union européenne veut encadrer l’intelligence artificielle au travail

  • CIT Numérique

La seconde phase de consultation des partenaires sociaux européens sur le futur Quality Jobs Act s’est achevée le 28 septembre. La Commission n’a pas encore publié la synthèse des contributions reçues. Le cadre soumis à la discussion permet néanmoins d’identifier les questions qui devraient structurer la prochaine étape de la régulation européenne de l’intelligence artificielle […]