Protéger les salariés, prévenir les risques et accompagner l’après
- Rappel des faits
Samedi 3 octobre, vers 18 heures, la boutique Orange de Roanne a été la cible d’un braquage.
Deux individus cagoulés ont pénétré dans la boutique en suivant un client au moment du déverrouillage de la porte sécurisée. Sous la menace d’une bombe lacrymogène, ils se sont fait remettre une trentaine de smartphones.
À leur sortie, l’un des auteurs a été maîtrisé dans la rue par un passant alors qu’il était en possession de la bombe lacrymogène et du sac contenant les téléphones. Il a ensuite été remis aux forces de l’ordre. Le second individu est parvenu à prendre la fuite.
Cette solidarité citoyenne mérite d’être saluée. Mais les images de cette intervention, largement relayées, donnent également à voir la violence de la situation vécue par les salariés : après les menaces à l’intérieur de leur lieu de travail, l’événement s’est poursuivi à quelques mètres de la boutique.
Derrière le fait divers et les téléphones dérobés, il y a avant tout des collègues confrontés, en quelques secondes, à une situation traumatisante.
- Le braquage terminé, le traumatisme peut rester
Un braquage ne s’arrête pas lorsque les auteurs quittent la boutique.
Le choc psychologique peut se manifester immédiatement, mais également dans les jours ou les semaines qui suivent : anxiété, troubles du sommeil, sentiment d’insécurité ou difficulté à retourner sur son lieu de travail.
C’est pourquoi, pour la CFE-CGC Orange, l’urgence est aujourd’hui l’accompagnement de l’ensemble des salariés, dans l’immédiat mais aussi dans la durée.
Pour les salariés présents au moment des faits, la déclaration en accident du travail n’est pas un bénéfice : elle relève de la prise en compte de l’événement subi dans le cadre professionnel. La CFE-CGC Orange demande que chacun soit pleinement informé de ses droits et accompagné dans les démarches nécessaires, y compris lorsqu’aucun arrêt de travail immédiat n’est prescrit.
La CFE-CGC Orange demande également qu’une attention particulière soit portée aux salariés absents le jour des faits mais psychologiquement affectés par l’événement, notamment lorsqu’ils ont déjà vécu un braquage, une agression ou des violences similaires. Leur situation doit pouvoir être examinée et accompagnée afin qu’ils ne soient pas renvoyés, par défaut, vers un simple arrêt maladie.
Cette question a de nouveau été portée lors de la commission santé, sécurité et conditions de travail réunie à la suite du braquage de Roanne.
L’accompagnement doit pouvoir s’inscrire dans le temps : suivi psychologique proactif, accès au SPST et à la médecine du travail, mais aussi, lorsque la situation du salarié le nécessite, possibilité d’une reprise temporairement adaptée : back-office, retrait temporaire de l’accueil ou du front client, adaptation des horaires ou de certaines missions. Ce suivi doit pouvoir perdurer, y compris si le salarié change ensuite de métier.
Parce que les conséquences d’un tel événement ne disparaissent pas nécessairement avec la reprise du travail.
- Roanne interroge une nouvelle fois la sécurisation des boutiques
Les circonstances du braquage doivent faire l’objet d’une analyse précise.
Aujourd’hui, plusieurs dispositifs de sécurisation coexistent dans les boutiques : ouverture au clic, présence d’agents de sécurité ou encore installation de sas. Leur déploiement varie selon les sites et les configurations.
Les retours du terrain montrent cependant des différences importantes dans leur efficacité.
Les sas de sécurité, notamment lorsqu’ils sont associés à la présence d’un agent de sécurité, semblent apporter une protection renforcée. À Montélimar, par exemple, ces deux dispositifs sont aujourd’hui combinés.
La présence d’un agent de sécurité peut également jouer un rôle déterminant dans l’anticipation. À Brignoles, une tentative a ainsi pu être déjouée après que le vigile, ayant identifié une situation suspecte, a anticipé la fermeture de la boutique et prévenu les forces de l’ordre.
À l’inverse, l’ouverture au clic montre aujourd’hui ses limites. Au-delà de la responsabilité qu’elle fait peser sur le pilote d’accueil, ce dispositif semble désormais connu des auteurs de braquages, qui adaptent leurs modes opératoires pour maintenir ou franchir l’accès. Des situations de ce type avaient déjà été remontées dans le bilan sécurité 2025.
À Roanne, les auteurs ont précisément profité de l’ouverture de la porte à un client pour pénétrer dans la boutique.
Pour la CFE-CGC Orange, cet événement doit donc conduire à évaluer objectivement l’efficacité des différents dispositifs existants, à partir des événements réellement survenus sur le terrain. La présence d’agents de sécurité doit être renforcée dans les boutiques de centre-ville et, dans les centres commerciaux, adaptée à la réalité des dispositifs de sécurité déjà présents et au niveau de risque constaté.
La question n’est pas seulement de disposer d’un dispositif de sécurité, mais de savoir s’il protège réellement les salariés face à l’évolution des modes opératoires.
- Tirer les enseignements : DUERP et prévention
Après un événement de cette nature, il ne suffit pas de remettre la boutique en fonctionnement.
Il faut analyser ce qui s’est passé : le mode opératoire utilisé, les conditions d’accès à la boutique, les dispositifs présents, leur fonctionnement et les éventuelles failles révélées par l’événement.
Cette analyse doit alimenter l’évaluation des risques professionnels et le DUERP. Pour la CFE-CGC Orange, la cotation du risque « violences externes » doit être réévaluée afin que le niveau de prévention soit réellement en adéquation avec l’intensité du risque encouru par les salariés.
Pour la CFE-CGC Orange, l’enjeu est également de regarder au-delà de Roanne : si certains modes opératoires se répètent ou évoluent, les enseignements tirés doivent bénéficier à l’ensemble du réseau de distribution.
La prévention doit évoluer en même temps que le risque.
- Des alertes et des demandes déjà portées par la CFE-CGC Orange
Roanne ne constitue malheureusement pas la première alerte concernant la sécurité des salariés en boutique.
La CFE-CGC Orange intervient depuis plusieurs années sur les braquages, agressions et incivilités et a déjà porté auprès de la Direction nationale plusieurs demandes : renforcement de la présence des agents de sécurité, sécurisation des accès, accompagnement psychologique, reconnaissance des conséquences professionnelles des agressions et amélioration de la prévention.
La CFE-CGC porte également une revendication de reconnaissance financière de l’exposition au risque pour les salariés amenés à gérer du public. Dans le périmètre boutiques, cette demande s’est notamment traduite par une résolution présentée au CSEE DOGSE en novembre 2025 en faveur de l’instauration d’une prime de risque, associée à un renforcement des mesures de prévention, de la formation et du suivi des salariés.
Cette résolution a recueilli 9 voix pour (CFE-CGC), 8 abstentions (CFDT et SUD), 5 voix contre (CGT) et 1 non-participation au vote.
Plus récemment, la CPRPPST du 10 septembre 2026 était consacrée aux agressions, incivilités et braquages. La CFE-CGC Orange y rappelait un principe simple : mieux déclarer ne suffit pas, il faut agir sur les causes.
Le braquage de Roanne rend cette exigence particulièrement concrète.
- Ce que demande la CFE-CGC Orange
À la suite de cet événement, la CFE-CGC Orange demande que l’accompagnement de tous les salariés impactés soit garanti dans la durée, que les salariés présents soient pleinement informés et accompagnés pour la déclaration en accident du travail, et qu’une prise en charge adaptée soit recherchée pour les salariés absents mais psychologiquement affectés par l’événement.
Elle demande également un retour d’expérience complet sur les circonstances du braquage de Roanne, ainsi qu’une actualisation du DUERP et une réévaluation de la cotation du risque « violences externes », afin d’adapter le plan de prévention à la réalité du risque encouru.
Au-delà de Roanne, l’efficacité réelle des différents dispositifs de sécurisation doit être évaluée : ouverture au clic, sas, présence d’agents de sécurité. Les dispositifs ayant démontré leur efficacité doivent pouvoir être déployés de manière cohérente dans les boutiques exposées, avec un renforcement de la présence de vigiles lorsque la situation le justifie.
La CFE-CGC Orange réaffirme également sa revendication d’une prime de risque pour les salariés exposés à la gestion du public, en reconnaissance de l’intensité du risque de violences externes et des exigences particulières de ces métiers.
Après un braquage ou une agression, une reprise adaptée doit pouvoir être proposée lorsque l’état du salarié le nécessite, en lien avec les acteurs de santé au travail : adaptation temporaire des missions, retrait du front client, back-office ou aménagement des horaires. Le suivi doit rester proactif et s’inscrire dans la durée.
Enfin, un événement de sécurité ne doit pas entraîner de perte de rémunération pour les salariés. Lorsque la fermeture temporaire d’une boutique affecte l’activité, les mécanismes de rémunération variable, y compris les éléments liés au temps de présence en surface de vente, doivent être ajustés afin que les salariés ne soient pas pénalisés par une situation qu’ils n’ont pas choisie.
La CFE-CGC Orange demande enfin que les représentants du personnel soient informés des éventuelles nouvelles mesures décidées à la suite des échanges nationaux afin d’en suivre le déploiement et d’en évaluer l’efficacité sur le terrain.
Protéger avant. Accompagner pendant. Soutenir après.
À nos collègues de Roanne, la CFE-CGC Orange adresse tout son soutien.
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