Covid-19 : faut-il rendre obligatoire le port du masque au travail ?

Faut-il très rapidement revoir les gestes barrière au travail (1 m de distance, etc.), pensés pour protéger du contact direct ou indirect avec un objet ou une personne contaminée par des microgouttelettes, et imposer le port du masque au travail, peu importe la distance entre les personnes dans une même pièce ? C’est ce que pensent les médecins, soignants et chercheurs.

Dans un communiqué diffusé le 16 juillet 2020, l’Académie de médecine recommande d’instaurer l’obligation du port du masque « dans les milieux de travail où la distanciation physique peut difficilement être respectée », en plus des « lieux clos et couverts accueillant du public tels que définis dans le texte réglementaire sur la prévention du tabagisme passif (commerces, restaurants, hôtels) ».

L’instance insiste sur le fait qu’en l’absence de traitement antiviral efficace et de vaccin disponible, « seule une stricte application des mesures barrière, en particulier le port du masque par l’ensemble de la population, permet d’envisager l’indispensable reprise de la vie sociale et économique tant que le risque de résurgence épidémique demeure », et que le masque est « la mesure la plus efficace pour supprimer la transmission du virus de personne à personne à condition qu’elle soit appliquée par tous ». Elle souligne que c’est la 6e fois (23 mars, 2 avril, 22 avril, 7 mai, 23 mai) qu’elle rappelle l’importance du port du masque.

Quelques jours plus tôt, dans une tribune mise en ligne le 12 juillet par Libération, des médecins, soignants et chercheurs alertaient les autorités sanitaires sur l’urgence d’instaurer le port obligatoire du masque en lieu clos, y compris au travail, pour freiner la transmission du Covid-19, expliquant qu’il y a urgence à prendre en compte les connaissances les plus récentes sur les modes de contamination :

Remarque : « La transmission par aérosol, donc uniquement par l’air respiré dans une pièce, semble être désormais reconnue comme une des voies majeures de transmission du virus en population générale, voie qui n’est pas affectée par le lavage des mains ou des surfaces, ni par le respect du mètre de distance entre les personnes. »

Depuis lundi 20 juillet 2020, le masque est obligatoire dans les « lieux publics clos », ce qui comprend les ERP (établissements recevant du public) ainsi que les magasins et centres commerciaux, les marchés couverts, et les administrations et banques.

Qu’en est-il pour les entreprises ou administrations qui ne reçoivent pas de public ? « Leur fonctionnement interne relève du droit du travail et plus particulièrement des règles en matière de santé au travail », répondent les ministères de la santé et du travail dans leurs « questions-réponses » diffusés les 19 et 20 juillet. Autrement dit : sans clientèle ou usagers à protéger, ce sont les règles de prévention en santé au travail et d’évaluation des risques professionnels qui doivent s’appliquer.

L’exécutif renvoie aussi au protocole national de déconfinement pour les entreprises, et déclare que celui-ci « encourag[e] le télétravail et impos[e] un respect strict des mesures d’hygiène et de la distanciation physique » et que « lorsque celle-ci ne peut être respectée, le port du masque grand public est d’ores et déjà obligatoire ».

Sauf que contrairement au premier, le second protocole de déconfinement pour les entreprises, publié fin juin, n’exige en réalité pas plus d’un mètre entre chaque salarié, sans demander à l’employeur de gérer une jauge pour des bureaux en open space, par exemple.
Les connaissances les plus récentes sur les modes de contamination par le Sars-CoV-2 – qui doivent être prises en compte par l’employeur dans le cadre de son obligation d’évaluation des risques – remettent en cause ce protocole. Il a été pensé pour limiter la contamination par micro-gouttelettes, mais pas par aérosols. Seul le port du masque protège de ce type de contamination.

Le ministère de la santé estime cependant qu’il est, pour la transmission par aérosols, « encore impossible de parler de voie de transmission dominante par rapport aux gouttelettes ou aux mains souillées » et indique avoir saisi le HCSP (haut conseil à la santé publique) suite à la lettre ouverte adressée à l’OMS début juillet par 239 scientifiques, issus de 32 pays différents.


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