Par Hélène Marcy – Présidente de l’ADEAS

Pénalisés par la conjoncture économique et les premiers effets de la réglementation (baisse des tarifs du roaming et des terminaisons d’appels), les résultats consolidés 2009, en légère baisse, montrent surtout un résultat international très loin des espoirs claironnés.

Car la France apporte encore plus de la moitié du chiffre d’affaires (60% si on ne compte pas comme exotique le CA France de la branche Entreprises), le meilleur taux de marge… et la quasi-totalité du résultat. Les volumes d’affaires sur les marchés dits à forte croissance sont bien insuffisants pour compenser les déceptions sur les marchés matures, tels que la Pologne et l’Espagne, où le chiffre d’affaires contributif est à la baisse.

Quant au Royaume Uni, on y fusionne Orange avec T-Mobile pour y retrouver la place de leader, qui était celle d’Orange deux ans après son rachat par France Télécom.

Des dividendes supérieurs aux bénéfices !

Dans ce contexte récessif, France Télécom a néanmoins annoncé le maintien d’un dividende élevé : 1,40 euros par ac-tion pour 2009, soit 3,65 milliards d’euros pour les ac-tionnaires, alors que le résultat net consolidé n’est que de 3,47 milliards d’euros.  

Si d’autres opérateurs, tels Deutsche Telekom ou Telefonica, « mettent un point d’honneur à distribuer des dividendes », ce n’est pas le cas des leaders mondiaux des nouvelles technologies.

Apple ne verse aucun dividende depuis 15 ans, préférant les conserver pour financer son expansion.

Google n’en a jamais versé.

Et même Thierry Breton, instigateur de la politique actuelle de France Télécom et zélé défenseur de la valeur actionnariale, a décidé dès 2008 qu’il n’y aurait «pas de dividendes pour les actionnaires d’Atos Origin » compte tenu du contexte économique. Sans commentaire.

L’action s’essouffle

Selon la Direction financière, les dividendes élevés ont pour objectif de soutenir le cours de l’action. Mais si France Télécom offre la meilleure rentabilité du CAC40 (8,5% de rentabilité sur capitaux investis), l’action a perdu plus de 30% en deux ans, pendant que l’indice CAC40 gagnait plus de 4%. ! C’est sans doute pour les raisons évoquées par un analyste financier : « Des dividendes trop élevés ne sont pas pérennes. En effet, plus qu’un rendement élevé, cela signifie surtout que le cours de Bourse diminue, et donc que la situation économique de la société est dégradée. Prenez l’exemple d’AT&T : l’entreprise a misé sur une logique court-termiste. Conséquence : elle n’a généré aucune croissance, et la valeur a été pénalisée par les marchés. »

Nous déplorons que France Télécom s’inscrive, comme son grand frère américain, dans cette logique de court terme.

Hypothèque sur le futur

Orange investira 2 milliards d’euros dans la fibre en France d’ici 2015. Et Stéphane Richard vient d’annoncer sa volonté de doubler l’activité dans les pays émergents : France Télécom s’est déclaré prêt à investir jusqu’à 7 milliards d’euros en Afrique et au Moyen-Orient dans les cinq prochaines années. Mais le niveau aberrant des dividendes appauvrit l’entreprise, et obère ses capacités d’investissement.

C’est pourquoi la CFE-CGC/UNSA et l’ADEAS ont demandé de ramener le dividende à un niveau raisonnable de 0,50 €/action.

Pour cela, il suffirait que l’assemblée générale des actionnaires du 9 juin vote contre la 3ème résolution qui leur sera soumise.

Les actionnaires de l’entreprise, à commencer par l’État qui détient 27% des parts, auront-ils la clairvoyance et la sagesse de renoncer à un gain immédiat pour laisser à l’entreprise les moyens de son développement, à un moment clef de son histoire ?

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